Retracer l’histoire du 20 Reichsmarks, c’est traverser près d’un demi-siècle d’histoire allemande, du Kaiser Guillaume II à la chute du IIIe Reich. Sous ce nom se cachent en réalité deux réalités monétaires très différentes : d’un côté, la magnifique pièce d’or de 20 marks frappée sous l’Empire allemand (le Deutsches Reich impérial), de l’autre les billets et pièces de « Reichsmark » émis entre 1924 et 1948. Pour le collectionneur comme pour l’épargnant, distinguer ces émissions est essentiel : l’une pèse son poids d’or fin, l’autre appartient au domaine du papier-monnaie et de la fiducie. Au comptoir numismatique du Havre, cette confusion revient presque chaque semaine, et elle mérite d’être clarifiée une bonne fois.
Du mark-or impérial au Reichsmark : une même nation, deux monnaies
La pièce que les amateurs désignent couramment sous le nom de « 20 Reichsmarks or » est, stricto sensu, un 20 Mark impérial. Après l’unification allemande de 1871, l’Empire adopte le mark-or comme monnaie unique, remplaçant les thalers, gulden et autres monnaies des anciens royaumes. La grande pièce de 20 marks devient alors l’étalon de l’épargne bourgeoise allemande jusqu’en 1914. Elle titre 900 millièmes d’or (21,6 carats), pèse 7,965 grammes pour environ 7,168 g d’or fin — un standard proche du 20 francs or Napoléon, ce qui n’est pas un hasard : l’Union monétaire latine et l’étalon-or dominaient alors toute l’Europe.
Le terme « Reichsmark », lui, désigne précisément la monnaie créée en 1924 après l’hyperinflation catastrophique de la République de Weimar. Le mark-papier s’était effondré en 1923 (un dollar valait des milliers de milliards de marks) ; le Rentenmark puis le Reichsmark furent introduits pour stabiliser l’économie. Ce nouveau Reichsmark circulera jusqu’à la réforme de 1948. Il exista bien des pièces de 5 Reichsmarks en argent, mais aucune grande pièce d’or de 20 Reichsmarks ne fut frappée pour la circulation : l’or avait déserté le portefeuille des Allemands. C’est pourquoi, quand on parle d’un « 20 Reichsmarks en or », on renvoie presque toujours à l’ancienne pièce impériale de 20 marks — d’où l’intérêt d’une expertise attentive sur la table du numismate.

Les grandes émissions du 20 marks or impérial
La particularité du 20 marks or impérial tient à sa diversité. Contrairement au 20 francs français, uniforme, l’Empire allemand était une fédération d’États : chaque royaume, grand-duché ou ville libre conservait le droit de faire figurer son propre souverain à l’avers. On distingue ainsi plusieurs grandes familles très recherchées :
- Prusse — les plus courantes, à l’effigie de Guillaume Ier, Frédéric III (rare, règne de 99 jours en 1888) puis Guillaume II. Le portrait de ce dernier existe en version « barbe longue » et « barbe courte », détail que les collectionneurs traquent.
- Bavière — au portrait des rois Louis II, Othon puis Louis III.
- Wurtemberg, Saxe, Bade, Hesse — tirages plus modestes, donc primes numismatiques plus élevées.
- Villes hanséatiques (Hambourg, Brême) — sans souverain, elles arborent leurs armoiries, ce qui les rend graphiquement distinctes et prisées.
Le revers, lui, est commun à presque toutes : l’aigle impérial héraldique, entouré de la mention Deutsches Reich et de la valeur faciale. La lettre d’atelier (A pour Berlin, D pour Munich, F pour Stuttgart, G pour Karlsruhe, J pour Hambourg…) permet d’identifier le lieu de frappe et pèse parfois lourdement sur la cote. Ce foisonnement fait du 20 marks un terrain de jeu passionnant pour qui débute en numismatique au Havre : une seule dénomination, des dizaines de variantes à assembler.
1914-1945 : quand l’or disparaît des poches allemandes
La Première Guerre mondiale sonne le glas de la frappe. Dès août 1914, l’Empire suspend la convertibilité or et retire les pièces de la circulation pour financer l’effort de guerre — un scénario commun à toute l’Europe belligérante. Les Allemands sont invités, par patriotisme, à échanger leur or contre du papier : « J’ai donné de l’or pour le fer » (Gold gab ich für Eisen) devient un slogan de collecte. Une part considérable du stock de 20 marks or fut ainsi fondue ou thésaurisée, ce qui explique la rareté relative de certaines années tardives.
Sous Weimar puis sous le IIIe Reich, l’or reste un métal stratégique, contrôlé par l’État. Les pièces impériales survivantes deviennent des valeurs-refuge que l’on cache, transmet ou passe en fraude. Beaucoup ont voyagé : on en retrouve encore aujourd’hui dans des successions normandes, souvent héritées d’un aïeul ou remontées de zones frontalières. Sur le littoral, entre Le Havre et Fécamp, ces pièces réapparaissent régulièrement dans les tiroirs de famille, mêlées à des Napoléons et des souverains britanniques — témoins muets de l’épargne prudente d’un XXe siècle troublé.
Reconnaître et comprendre une pièce authentique
L’histoire du 20 Reichsmarks — ou plutôt du 20 marks or impérial — se lit sur la pièce elle-même. Quelques repères permettent d’y voir clair sans se prétendre spécialiste :
- Le diamètre et le poids : environ 22,5 mm pour 7,965 g. Une balance certifiée suffit à écarter la plupart des copies grossières.
- La tranche : elle porte une devise en relief (GOTT MIT UNS pour la Prusse, par exemple), difficile à reproduire proprement sur une contrefaçon.
- Le millésime et la lettre d’atelier : à confronter aux tirages officiels connus ; une combinaison incohérente est un signal d’alerte.
- Le style du portrait : la finesse de gravure d’une frappe d’époque est rarement égalée par les refrappes modernes.
À titre pédagogique, sachez que les laboratoires professionnels recourent parfois à des outils d’analyse non destructifs — mesure de densité, examen sous grossissement, contrôle de composition par appareillage dédié — pour authentifier les monnaies litigieuses. Ces techniques relèvent d’un cadre spécialisé et ne remplacent pas l’œil exercé du collectionneur. Chez Maison Or & Bijoux, l’expertise se fait à la loupe, au contrôle du poids sur balance certifiée et à la lecture des poinçons et détails de frappe ; pour les cas exceptionnels, nous nous appuyons sur nos partenaires afin d’obtenir, si besoin, un certificat d’authenticité. Notre fondateur Bertrand Mathieu, collectionneur et investisseur depuis plus de vingt ans, connaît intimement ces émissions allemandes.
Que vaut aujourd’hui un 20 marks or impérial ?
La valeur d’une telle pièce repose sur deux piliers. Le premier est sa valeur intrinsèque : ses ~7,17 g d’or fin, valorisés au cours du jour du métal. Le second est sa prime numismatique, c’est-à-dire le supplément qu’un collectionneur accepte de payer pour la rareté du souverain, de l’atelier, du millésime et pour l’état de conservation. Une Guillaume II de Prusse en état courant se négocie proche de sa valeur or ; un millésime rare d’un petit État en bel état peut atteindre plusieurs fois ce montant. Nous détaillons ces mécanismes dans notre fiche dédiée 20 Reichsmarks : valeur et cotation, à consulter avant toute transaction.
Pour vendre ou faire estimer votre pièce, la démarche au Havre est simple et transparente. Chaque monnaie est pesée sur balance certifiée, identifiée puis évaluée au cours du jour de l’or, prime numismatique comprise lorsqu’elle s’applique. Le règlement s’effectue par virement, y compris virement instantané le jour même, dans le respect des obligations légales de traçabilité (pièce d’identité, registre). Vous trouverez toutes les modalités sur notre page d’achat de 20 Reichsmarks, et pouvez venir avec une seule pièce comme avec une collection entière, en toute confidentialité.
Questions fréquentes sur le 20 Reichsmarks
Le « 20 Reichsmarks or » et le « 20 marks or » sont-ils la même pièce ?
Dans le langage courant, oui. La grande pièce d’or à laquelle on pense est le 20 marks impérial (1871-1915), titrant 900/1000 pour ~7,17 g d’or fin. Le Reichsmark de 1924-1948 n’a, lui, jamais donné lieu à une grande pièce d’or de circulation. Le terme est donc souvent employé par extension.
Pourquoi existe-t-il autant de portraits différents ?
Parce que l’Empire allemand était une fédération. Chaque royaume ou grand-duché conservait le droit de frapper à l’effigie de son propre souverain, tandis que les villes libres (Hambourg, Brême) affichaient leurs armoiries. Le revers à l’aigle impérial, lui, restait commun à tous.
Comment savoir si ma pièce est authentique ?
Le poids, le diamètre, la tranche gravée, la cohérence millésime/atelier et la qualité de gravure sont les premiers indices. Une vérification par un spécialiste, à la loupe et sur balance certifiée, lève l’essentiel des doutes ; pour les cas litigieux, un certificat d’authenticité peut être obtenu via nos partenaires.
Envie de faire parler l’histoire de votre pièce ? Profitez d’une estimation gratuite et sans engagement : demandez la vôtre en ligne via notre estimation gratuite ou par téléphone au [Téléphone]. Notre atelier vous accueille au Havre du lundi au samedi, 9h-19h — [Adresse].